S’adapter – Témoignage 3

Témoignages d’enseignants : S’adapter pendant le confinement

Le confinement du mois de mars 2020 a bousculé notre façon d’enseigner le yoga. Voici plusieurs témoignages d’enseignants qui nous livrent ce qu’a été pour eux : « S’adapter » pour continuer à transmettre le yoga…

Vous pouvez contribuer en envoyant le récit de votre expérience.

Patricia Viscardi et Léo

Comme pour tout le monde, le quotidien s’est brusquement transformé le 17 mars 2020 avec  l’entrée en vigueur du confinement ; une sorte d’arrêt sur image, alimenté d’une certaine inquiétude, voire d’angoisse par rapport à la maladie.
Il a fallu repenser la vie au quotidien, le travail … accepter l’enfermement, le fait de ne plus voir les autres.
Le 20 mars, Léo, mon fils aîné devait partir pour un voyage d’au moins 6 mois : rejoindre l’Inde en évitant au maximum de prendre l’avion. Il avait quitté son appartement à Paris, son activité professionnelle et était arrivé mi-février chez nous, avec son sac à dos, afin de finir
ses derniers préparatifs avant ce « grand départ » qu’il avait préparé de longue date.
J’ai ressenti pour lui une grande tristesse à l’annonce du confinement. Comment allait-il réagir ? Comment appréhender une telle déception ?
Je me répétais sans cesse qu’il fallait voire le positif de la situation : nous pouvions le loger facilement, nous nous entendons bien et c’était plutôt agréable d’accueillir à nouveau un de ses enfants parti très jeunes de la maison pour ses études, nous n’étions pas malades… mais je ressentais de grands moments d’insécurité et d’inquiétude intenses. Pour faire face à ces moments il m’était impératif de pratiquer le yoga, avec des séances assez engageantes. Je pratiquais le matin, à midi et le soir ! Ces pratiques intenses me permettaient de retrouver une certaine quiétude, de me recentrer, d’éviter un emballement du mental, de calmer ma tristesse.
La deuxième semaine du confinement, Léo m’a dit qu’il serait curieux de découvrir une séance de yoga. Il avait eu une expérience de yoga dans une salle à Paris d’où il était sorti épuisé et courbaturé !!!
Cette demande m’a un peu surprise voire intimidée. Je reste assez discrète sur ma pratique de yoga avec mes proches. Je ne pratiquais pas quand Léo vivait encore avec nous. Mais je ne pouvais pas me défiler. J’ai donc préparé une séance pour lui. Et c’est avec un certain « trac » que le soir à 19h nous nous sommes installés. Nous avons été tout de suite concentrés, en confiance l’un envers l’autre. Il était à l’écoute. Je l’observais afin de lui proposer ce qui me semblait le mieux pour lui. Sa respiration courte au début s’est rapidement allongée. Nous avons pris rendez-vous pour le lendemain même heure. Je lui ai proposé de faire, comme je le propose classiquement dans mes cours en groupes, 3 séances identiques de suite. Et nous avons ainsi pratiqué tous les soirs. Nous avons respiré ensemble, fait des sons, et écouté le bol chanter en nous offrant ses harmoniques … J’ai vu son corps se détendre, s’ouvrir. Ma timidité d’enseigner à mon fils a vite été remplacée par un grand plaisir et une grande joie.
Mon inquiétude pour lui s’est apaisée ainsi au fil des jours. Tout en gardant notre relation « mère-fils » un rapprochement subtil s’est tissé au fil des jours. Ces séances m’ont permis de le « re-découvrir ».
La fin du confinement est arrivée. Les séances de yoga se sont arrêtées. Mais je garde de ces semaines si particulières un souvenir très doux et une grande conscience du privilège qu’elles m’ont apporté d’avoir pu partager la pratique de yoga avec un de mes enfants.
Patricia Viscardi

« Débuter le yoga durant cette période de confinement a été une belle expérience, la période étant paradoxalement presque propice à cette initiation : temps libre et champ des activités possibles limité, bienfaits d’un moment de concentration intense dans un environnement d’incertitude et de sur-information.
Avoir ma mère comme « enseignante » m’a permis d’aborder la pratique d’une manière unique. Envisager rapidement plus précisément les concepts de la pratique. On pose plus de questions que lors d’un enseignement classique, mais également des questions plus
personnelles sur le rapport à la pratique qui permettent d’en apprendre concrètement plus sur une approche mentale possible du yoga.
Ces séances ont également été l’occasion d’un rapprochement : partager des moments ensemble et une activité qui est, il me semble, importante dans la vie de ma mère ».
Léo