YOGA SUTRA DE PATANJALI

LES HUIT MEMBRES DU YOGA (ASTANGA YOGA) IIème chapitre – YS II 28 à II 45

Le début du 2ème chapitre décrit la cause de la souffrance inhérente à la vie humaine, c’est « la méprise fondamentale » (avidya)

Comme remède, Patanjali propose à travers les 8 membres du yoga, une éthique de vie. Ce n’est pas une morale, mais une manière subjective et concrète d’être, de faire et de se relier, qu’il est conseillé de cultiver.

 

  1. YAMA: la relation à l’autre
  2. NIYAMA: la relation à soi même
  3. ASANA: la relation au corps physique (pratique posturale)
  4. PRANAYAMA: la relation au corps énergétique (pratiques respiratoires)
  5. PRATYAHARA: la relation au corps « sensori- moteur »
  6. DHARANA: la relation au corps mental (concentration)
  7. DHYANA: la relation au corps psychique (méditation)
  8. SAMADHI: la relation au corps spirituel (contemplation)

 

 

  • LA RELATION A L’AUTRE (YAMA)

 

  • La non violence (ahimsa) :

Attitude qui exprime le respect de soi et le respect de l’autre dans sa différence, ce qui conduit à un état de bienveillance et d’écoute. Lorsqu’elle est fermement établie, l’agressivité disparaît autour du non violent.

Cette qualité influence les suivantes

 

  • La vérité (satya) :

Véracité, authenticité, absence de tricherie avec soi et les autres ou encore « être et se montrer tel que l’on est ».  Alors l’action et ses fruits sont en harmonie

 

  • L’honnêteté (asteya) :

Intégrité, probité, absence de convoitise, ne pas prendre ce qui ne nous revient pas

Lorsqu’elle est établie, les trésors essentiels (les biens spirituels souhaitables) s’approchent de nous.

 

  • La tempérance (brahmacarya) :

Gérer l’énergie avec sagesse procure une vitalité radicale.

 

  • Ne pas aliéner et ne pas s’aliéner (aparigraha) :

Désencombrement, sobriété, désintérêt ou distance pour tout ce qui n’est pas indispensable,  absence de volonté de mainmise sur l’autre. Alors  il est possible de trouver sa place dans la vie (svadharma).

 

 

 

  • LA RELATION A SOI (NIYAMA)

 

  • Le soin de soi (sauca)

Propreté, pureté, respect et considération que l’on a pour son corps dans toutes ses dimensions, physique, psychique et spirituelle pour s’ouvrir à un niveau subtil

 

  • Le contentement (samtosa) :

Par la satisfaction de ce qui est, l’acceptation de qui l’on est (l’estime de soi), on obtient la joie infinie.

 

  • L’ascèse (discipline)  (tapas).

Ardeur, discipline, effort (effort physique ou effort de présence, vigilance, effort d’observation…)

Processus de purification, d’élimination des impuretés  qui concerne les corps physique, sensoriel, mental, émotionnel

Alors, il y a épanouissement complet de l’être.

 

  • La connaissance de soi (svadyaya) :

Se rapprocher de soi, c’est-à-dire chercher à se connaître pour évoluer. Cela passe par l’apprentissage, l’analyse, la réflexion, l’observation, l’étude des textes. Alors on obtient une vision plus fine de soi même et de la VIe

 

  • Confiance, abandon, lâcher prise (isvarapranidhâna) :

Se laisser porter par « ce qui est plus grand que nous » : accepter de ne pas tout maitriser, mettre le meilleur de soi dans l’action et accepter que le résultat soit différent de celui espéré, faire confiance.

Alors le mental s’apaise.

 

 

  • LA RELATION AU CORPS PHYSIQUE (ASANA)

 

La pratique posturale invite à être juste avec son corps,  « être dans son assiette ». La posture a deux qualités : (sthira) tonique, stable et (sukha) confortable. C’est une attitude de l’ensemble de la personnalité, dans la pratique posturale comme dans la vie quotidienne qui touche toutes les couches (physique, respiratoire, énergétique, mentale, émotionnelle…).

Une pratique juste cherche à trouver la détente dans l’effort et l’effort pour la détente. Les muscles de maintien ne seront toniques que si les muscles de mobilité sont détendus et vice versa. Le souffle ne sera ni forcé ni rugueux, ni saccadé. Avec la pratique posturale le corps se délie et de nouveaux espaces s’ouvrent pour la libre circulation de Prâna.

 

4 . LA RELATION AU CORPS ENERGETIQUE (PRANAYAMA)

 

Le prânâyâma permet d’entrer en relation avec le souffle de Vie, Prâna. Il est défini comme étant l’interruption du flux respiratoire inconscient, automatique, irrégulier et troublé. Ce souffle conscient va devenir peu à peu long et subtil.  Il a pour effet de purifier et d’éclaircir le mental.

 

  1. LA RELATION AU CORPS SENSORI MOTEUR (PRATYAHARA)

 

Il s’agit de la relation avec nos facultés de perception, d’action et de représentation :

  • 5 facultés de perception : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher
  • 5 facultés d’action : la voix, la préhension, la locomotion, l’élimination et la sexualité
  • Le onzième assure la coordination des 10 précédents et notre représentation du monde et de nous-mêmes (manas) : le mental.

 

C’est un état de docilité de ces facultés qui acceptent de « travailler » au service de l’esprit (citta) lorsque celui-ci est orienté. Comme les abeilles dans un essaim acceptent et suivent les choix de la reine, les facultés suivent les indications de citta. Alors, la sensibilité s’éveille, s’affine, et avec elle la disponibilité, la présence à l’instant.

 

  1. LA CONCENTRATION (DHARANA)

 

La concentration est l’aptitude à se centrer sur un domaine et y maintenir son attention, avec la sensibilté profonde  développée précédemment.

Le pratiquant porte son attention pendant un certain temps, dans la direction ou l’objet de concentration. Des pensées, des réflexions, des images, des émotions même associées à cet objet peuvent intervenir, elles font partie de cette étape « d’investigation ». Il arrive très souvent que ces résonances mentales  s’éloignent du domaine d’investigation ; lorsque le pratiquant en prend conscience, il revient tout simplement  sur l’objet choisi

 

  1. LA MEDITATION (DHYANA)

 

La méditation c’est l’approfondissement de l’attention donnée à un domaine d’observation.

L’objet choisi, comme champ d’observation, est lui-même englobé par nos projections contenues dans nos mémoires. Alors, lorsque la concentration se prolonge un certain temps dans une même direction, un véritable dialogue s’établit entre l’objet choisi et le sujet méditant, un flux continu entre l’objet et le sujet se met en place. La méditation apparait alors comme un espace ou un temps de purification du mental.

On peut dire que méditer c’est se concentrer sur un objet choisi et c’est laisser se produire librement le contenu mental. La méditation nous fait ainsi rencontrer notre histoire.

 

 

  1. LA CONTEMPLATION ou FUSION INTEGRALE (SAMADHI)

 

  • dans la première étape : « concentration », il y avait le centrage de l’attention sur un objet qui nous intéresse en diminuant progressivement les distractions externes.

 

  • dans la deuxième : « méditation » une communication s’établit entre l’objet et le sujet. Il y a une activité mentale et une communication dans laquelle les sens sont actifs.

 

  • dans cette étape ultime « contemplation ou fusion» : il y a un acte continu d’observation : l’esprit devient  transparent, c’est comme s’il n’était plus un obstacle. L’objet est vu tel qu’il est. L’approfondissement qui s’établit entre l’objet et soi permet d’être absorbé par l’objet. L’objet seul resplendit.